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Restauration et Livraison, les nouvelles perspectives de croissance



Le balais des livreurs n'a cessé de croitre en cette période de confinement et c'est bien parti pour durer. Ce mode de livraison qui se voulait écolo aux origines est devenu un véritable imbroglio pour les instances de régulation.

Les livreurs ne se fixent aucune limite en terme de véhicules du moment qu'ils gagnent du temps. Les scooters sont devenus légion mais on croise aussi des trottinettes électriques, des voitures et même des gyroroues particulièrement élégantes.

Ce tohu-bohu crée un un grand nombre de nuisances en ville en générant du bruit, de la pollution et un paquet d'accidents. La mairie de Nantes vient de lancer un pavais dans la marre en interdisant les scooters en ville à partir de 11h30. Elle applique simplement la même réglementation à tous les livreurs qui sont sommés de laisser les riverains profiter du gazouillis des pigeons.

Ce fait d'armes devrait rapidement faire des émules dans d'autres villes de France. Il est révélateur d'une tendance qui a pris une importance prépondérante dans notre quotidien et qui fait office de bouée de sauvetage pour les restaurateurs en ces temps douloureux.





Le succès des agrégateurs


Une étude de Food Service Vision vient de paraitre sur l'état du marché français de la livraison de plats cuisinés. Le chiffre d'affaires donne le tournis et s'établit à 4,9 milliards pour 2020, soit une progression de 47% en 2 ans.

La livraison a conquis le coeur des français, permettant ainsi à une partie de la profession de garder la tête hors de l'eau. On constate que le taux de pénétration a bondi de 40 à 46% en un an, ce qui signifie que de nouvelles personnes utilisent tous les jours ce service.

Les nouveaux moyens de livraison sont également arrivés à fidéliser une clientèle qui dépense de l'argent de plus en plus régulièrement. Les habitués n'hésitent plus à passer commande plusieurs fois par semaine et à varier leur sélection en fonction des offres du moment.

Le coeur de cible reste les 18-24 ans très sensible à la street food et aux produits d'appel. On remarque que les 35-45 ans adhèrent maintenant massivement à ce service. L'arrivée de restaurateurs traditionnels et d'une offre pléthorique de brunchs ont su les séduire.

En pratique 36% des consommateurs utilisent leur smartphone mais 32% passent encore des commandes par téléphone. Les agrégateurs représentent 70% des commandes passées via application et leur part de marché est en constante hausse.

Les plats livrés sont trés variés et se prêtent de mieux en mieux aux contraintes du transport. Les deux leaders incontestés sont toujours la pizza et les burgers qui représentent à eux deux plus de la moitié des commandes passées. Les sushis viennent fermer le podium et subissent de plein fouet la concurrence des poke bowls.





Un marché en ébullition


Il y aurait 37000 restaurants sur les applications en France et pas moins de 4500 marques virtuelles. Un grand nombre de restaurateurs prévoit de développer en parallèle de leur activité une marque différente gérée la plupart du temps dans une dark kitchen.

Ces nouvelles cuisines font partie des acteurs majeurs du boom de la livraison de repas et de la compétition qui fait rage. Leur business model évolue déjà vers un nouveau système de commandes groupées.

"Là où StreetLab apporte de l’innovation, outre son offre, c’est qu’il va être également possible de faire des commandes groupées de plusieurs thématiques de cuisine. On peut commander soit sur place via une grande tablette tactile et retirer ses plats dans la foulée, soit via la plateforme Deliveroo." Pierre Julien Chantzios, pdg de Streetlab

Food Society, la nouvelle food court de Lyon, a décidé elle aussi de proposer à ses clients la possibilité de regrouper les plats de ses 10 échoppes dans une seule et même commande. Ce modèle permet aux utilisateurs de varier les plaisirs mais demande une organisation militaire de la part du point de vente. Cela requiert la mise en place de logiciel personnalisé et une grosse équipe pour assurer ce type de prestations.

Une autre innovation devrait également bouleverser le marché dans les prochains mois. Uber et Deliveroo viennent de créer une marque blanche. Les restaurateurs ont la possibilité de mettre en place sur leur propre site internet une fonction livraison qui sera gérée directement par l'agrégateur. Cela sous entend généralement un contrat d'exclusivité et permet de générer du flux sur son propre site. Les Burgers de Papa, Pitaya ou encore Ninkasi ont déjà opté pour cette option. Toute la logistique, l'interface de paiement et le service client continuent d'être gérés par Deliveroo ou Uber qui se rémunèrent sur les ventes. Le gros avantage pour l'enseigne est de pouvoir enfin conserver les données clients, si chères en matière de fidélisation.

Du côté des livreurs, les choses commencent à bouger aussi. Just Eat, l'acteur historique qu'on a tendance à oublier, a décidé d'embaucher sa propre flotte. Le groupe prévoit de recruter 4500 livreurs en CDI et de prendre en charge leur matériel.


"Avec la mise en œuvre de cette prestation de service en France, les livreurs recrutés ont dorénavant accès à tous les avantages du salariat, tout en assurant un meilleur service aux utilisateurs et aux restaurateurs", Meleyne Rabot, directrice Générale chez Just Eat France.

Cette démarque s'inscrit sur un plan plus global dont l'Espagne fait figure d'exemple. L'ensemble des livreurs sont sur le point de changer de statut dans le pays en devenant salariés et non plus prestataires.




Vers l'infini et l'haut delà


Deliveroo n'a cessé d'agiter les pages des analystes financiers ces derniers mois. L'entreprise est toujours largement déficitaire, mais sa rentabilité s'améliore et son arrivée en bourse s'annonce imminente.

Le montant total des transactions de Deliveroo a progressé de 64% en 2000. Il est passé de 2,5 à 4,1 milliards de livres sterling sur l'ensemble des marchés où la marque est présente.

Malgré cela, l'entreprise essuie encore des pertes colossales de 223,7 millions.

Deliveroo croit en son modèle qui est loin d'avoir atteint sa vitesse de croisière. La société souhaite continuer ses investissements pour consolider sa présence sur les marchés où elle opère. Elle veut développer ses nouveaux services Deliveroo Signature (sa marque blanche) et Delivery Plus (service d'abonnement). En outre, le marché de la livraison des courses d'épicerie est encore balbutiant et promet des gains de croissance mirobolants vu la taille du secteur.

A l'heure actuelle Deliveroo est valorisée 7 milliards d'euros et devrait ouvrir son capital par le biais d'une introduction à la bourse de Londres. Cette nouvelle levée de fond est liée à une promesse de redistribuer 16 millions aux 100 000 livreurs qui collaborent avec la société. De belles promesses qui devraient enfin récompenser les travailleurs indépendants longtemps ignorés.


Une nouvelle plate-forme vient de voir le jour sur Paris (et depuis peu disponible à Lyon) qui met en avant la livraison 100% éthique. Eatic a échafaudé une charte éco-responsable à laquelle les restaurants présents sur l'appli doivent adhérer. Cela concerne aussi bien les produits locaux que la réduction d'emballages.

Les partenaires présentent tous des menus 100% végétariens ou vegan. Ils proviennent de restaurants qui ont pignon sur rue et non de dark kitchen. Les plats peuvent être 100% sans emballages en faisant le choix des contenants réutilisables grâce au partenariat tissé avec Barepack et Milubo. Enfin l'appli revient aux fondamentaux de la livraison en demandant à ses livreurs de ne circuler qu'en vélo. Elle ne possède pas sa propre flotte et travaille avec Stuart.

Cette initiative est un bel espoir d'un modèle alternatif qui va avoir besoin de financements pour se déployer convenablement. On attend de voir quel géant de l'industrie va miser sur cette pépite avant de la dévorer...




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